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Un sommet pour une cause : effet de mode ou motivation suprême?
le 29 septembre 2016 à 14:30
Un sommet pour une cause : effet de mode ou motivation suprême?
* Cette série d'articles sur l'alpinisme est présentée en partenariat avec Jeep ® Depuis une dizaine d'années sont organisées sur les sommets les plus réputés du globe des expéditions visant à amasser des fonds pour soutenir une cause philanthropique. Que penser de cette tendance qui mêle aventure et bons sentiments, et fait de tout un chacun un adepte de la haute montagne? Ça faisait quelques temps que je voyais ça d’un œil suspicieux : des expéditions, plus ou moins exigeantes, montées de toutes pièces par des organismes pas nécessairement spécialisés. L’objectif : amener monsieur-madame-tout-le-monde à gravir le Kilimandjaro ou le camp de base de l’Everest pour faire une collecte de fonds pour le compte de la recherche médicale, d’une cause environnementale ou dieu sait quoi. Alors pour comprendre cette nouvelle vague de philanthropie tous azimuts, je me suis jointe à une expédition – Kili pour le Manoir – il y a 3 ans. Durant la dizaine de jours qu’a duré l’expédition, j’ai déboulonné, un par un, tous les préjugés que j’avais sur la question. J’y ai découvert, chemin faisant, une équipe de personnes, hommes et femmes, d’une incroyable diversité. Des jeunes, des moins jeunes. Des sportifs purs et durs et d’autres plus intimidés par le défi que représentait l’ascension du toit de l’Afrique. J’y ai découvert des gens différents aussi par leur origine socioéconomique. Bref : une étonnante diversité de profils, d’histoires personnelles et de trajectoires. Mais j’ai découvert un trait commun à tous : un engagement à la cause, que je ne soupçonnais pas. Chacun d’eux, par son vécu, avait un lien direct avec la maladie infantile. Ainsi, chacun s’était engagé à récolter, grâce à la contribution de  leur entourage, 10 000$ pour le Manoir McDonald. L’objectif : aider les familles aux prises avec un enfant malade hospitalisé. Durant notre ascension, je les ai écoutés me parler de la cause, souvent en peu de mots, une confidence par ci, un souvenir par là, et j’ai compris que cette aventure qu’ils préparaient depuis une année figurait aux premiers rangs de leurs expériences de vie marquantes. L’entrainement physique sans relâche en avait été le fil conducteur. C’est surtout au sommet, quand se sont déployés les banderoles de commanditaires, les photos des disparus, les objets sacrés qu’ils transportaient depuis le début sur leur dos, que j’ai compris la portée de leur acte. Émouvant? C’est peu dire. On était tous sur le cratère du Kibo, à près de 6000 m  d’altitude, hors d’haleine, certains hors de force, dans un de ces moments qui marquent une existence, qui changent tout. C’est après, en redescendant le sentier Machame, que les langues se sont déliées, sans doute sous l’effet de la libération des endorphines et de la satisfaction d’être allé au bout. D’avoir porté un drame personnel à un niveau d’élévation supérieure, de l’avoir transcendé, diraient les psychanalystes : une jeune nièce décédée à 11 ans d’un cancer foudroyant, un ado parti trop tôt après une leucémie, un autre en rémission. Chacun de mes coéquipiers avait, à sa façon, côtoyé la mort ou la maladie d’un enfant. Cette levée de fonds était leur façon d’apporter leur pierre à l’édifice de la recherche médicale et de l’aide aux parents mis à mal par la maladie. Certains d’entre eux n’avaient jamais dormi sous une tente! Ils savaient avant même de faire leur premier pas en Tanzanie que l’aventure serait déroutante, exigeante. Ils savaient qu’ils auraient à dompter la peur, l’inconfort, la maitrise de l’altitude et tous les dangers qu’ils entrevoyaient en chemin. L’un d’eux souffrait d’un vertige paralysant; je le revois gravir une paroi verticale en assurant ses prises une à une sous les conseils  encourageants de l’un de nos guides. (L’expédition était organisée avec une très bonne agence de trekking locale et d’excellents guides de montagne). Parvenu au sommet, son bonheur dépassait de loin le défi qu’il venait de relever. Il avait surmonté une vieille peur et je savais que toute sa vie en serait désormais teintée. Au-delà de l’aventure humaine qu’elle a représentée pour chacun des membres de l’expédition, Kili pour le Manoir a permis de verser au Manoir McDonald près de 300 000$. Une goute d’eau dans l’océan? Pas tant que ça puisqu’il s’en monte des dizaines chaque année des expéditions du genre pour financer la recherche médicale ou l’action sociale. Selon sa directrice nationale adjointe, Nathalie Giroux, la Société de la recherche sur le cancer a organisé 6 expéditions en 2015, récoltant ainsi quelque 765 000$ (sur un budget annuel de 19 millions de dollars). Et, la même année, c’est plus d’un million de dollars qu’a recueilli la Société canadienne de la sclérose en plaque à la suite d’expéditions en montagne, ce qui représente 50 % de son financement (qui n’est effectué que par des dons privés ou corporatifs). Voilà des initiatives qui font la différence. Le Québec n’a pas la culture de la philanthropie comme c’est le cas du reste du Canada. Il faut une catastrophe d’envergure pour que les Québécois donnent spontanément : séisme en Haïti (2010) ou au Népal (2015). La perception générale est souvent teintée de méfiance: ou va réellement l’argent donné? Aux victimes de maladie, de catastrophe, de précarité sociale? Ou sert-il en grande partie à faire tourner l’industrie philanthropique? « L’important, c’est le ratio entre ce que coûte la collecte de fonds et ce qu’elle rapporte; il faut que l’argent généré aille en grande majorité à l’action de terrain », m’expliquait Jason Dominique, l’instigateur de cette expédition pour le Manoir en 2013. À ce propos, l’Agence du Revenu du Canada impose aux organismes de charité la répartition suivante : 65 % pour  la cause, contre 35% pour les frais administratifs. Pour donner l’heure juste aux donateurs potentiels, et pour renforcer ces habitudes de solidarité sociale, Jason Dominique a depuis mis sur pied la plateforme de dons en ligne : Ensemble (ensemble.co), un véritable réseau social, avec profils individuels, qui met en relation les donateurs et les organismes caritatifs. Ceci permet notamment d’offrir aux petits organismes la possibilité de faire leur place dans un contexte qui est, lui aussi, soumis à une rude concurrence. Les grandes ONG connues et reconnues peuvent en effet laisser bien peu d’espace aux plus modestes dont l’action n’en est pas moins importante pour autant. Plus largement, cette plateforme web veut s’imposer comme un outil de développement de la philanthropie, pas uniquement basé sur le don financier, mais aussi sur le bénévolat et l’action citoyenne. On pourra aussi y poster ses meilleures photos du Kilimandjaro ou du camp de base – pour donner aux autres l’envie de les imiter. Qui sait?

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